Jean-Pierre Nicol 13ème à Dùn Laoghaire : « Une étape qui fait la légende de cette course! »
Au moment de quitter le port de Caen dimanche dernier, Jean-Pierre Nicol prédisait s’engager sur une étape de guerrier. Sans jouer les « Madame Soleil », le skipper de Bernard Controls savait effectivement dans quelles conditions il allait pointer son étrave. En coupant la ligne d’arrivée à Dùn Laoghaire en Irlande, en 13ème position, 50 minutes et 55 secondes derrière le vainqueur, Jérémie Beyou, les mots et la fatigue du Trinitain ne traduisaient rien d’autre que ces 470 milles marqués par une difficulté extrême. Usé, lessivé par le large, le vent et les embruns, il trouvait encore la force d’évoquer en images et en sensations un chapitre digne de figurer dans la grande histoire de la Solitaire du Figaro.
Si au fil des hivers passés à s’entraîner avec méthode et obstination, en Bretagne d’abord, puis à la Grande Motte sous la houlette du CEM depuis plusieurs saisons, Jean-Pierre Nicol s’est affirmé comme l’une des valeurs montantes de la Classe Figaro Bénéteau, il reste également un homme de départs, un pur régatier, de ceux qui ne manquent que très rarement leur entrée en scène. D’une régularité à faire pâlir la concurrence sur les engagements, il aura répondu présent dès les premières heures de course sur cette deuxième étape entre Caen et Dùn Laoghaire, pointant très vite aux avant-postes d’une flotte soumise à des vents plus que soutenus et à une navigation au près, dans les cailloux du Cotentin puis à travers la Manche. Leader d’une troupe malmenée, empêchée de dormir et forcée à veiller de jour comme de nuit, le skipper de Bernard Controls déroulait la partition parfaite. A l’arrivée en terres irlandaises ce midi, il revenait sur ces 48 premières heures de course : « Je suis content d’arriver. J’ai fait un super début d’étape. Les deux premiers jours de course, j’étais même fier de moi, ce qui arrive rarement ! Je crois n’avoir fait aucune erreur jusqu’à la pointe anglaise ».
« C’était la guerre! »
L’arrivée en Mer Celtique marquait l’heure de choix qui allaient s’avérer cruciaux. Echappant toujours à la théorie de la majorité, Jean-Pierre optait pour un décalage à l’Ouest, franc et assumé ; un parti qu’il n’était pour autant pas le seul à prendre : » Après Land’s End, je savais que ça allait être chaud, que ça allait attaquer de partout. J’ai fait le choix de protéger l’Ouest. Je commençais à être sérieusement fatigué, on était dans du petit temps et à chaque fois que j’allais mettre le pilote, le bateau partait, se mettait en rideau et il fallait le relancer. Mon option n’était pas mal, c’était aussi celle de Thierry Chabagny qui s’en sort bien (ndlr : le skipper de Gedimat termine 5ème en Irlande). C’est plus la conduite qui a posé problème à ce moment là ». Du prés, la négociation d’une dorsale placée sous le signe de la stratégie sensible et une nuit sous spi prenant des allures de chevauchée sauvage, c’est un menu complet, liquide compris, auquel ont eu droit les solitaires : « Il y a eu des surfs énormes, des claques à 35 nœuds. Après la dorsale qui nous a donné du petit temps mais des conditions très stratégiques, je me suis dis ça y est, ça va être de la glisse et en fait pas du tout. C’était la guerre ! Je suis détruit, j’ai commencé à dormir la nuit dernière mais malheureusement ça a été défavorable à la vitesse. Mais quand le corps dit stop, il le fait vraiment ! »
Violent, humide, harassant
Treizième à l’arrivée en Irlande, Jean-Pierre ne cachait rien de son extrême fatigue et de la mise à sac complète de ses réserves pour cravacher, remonter au classement et préserver ses chances sur une étape que tous les observateurs, comme le marin, placent déjà au panthéon des grands volets de la Solitaire du Figaro : » Ce sont de étapes comme celle-ci dont on m’a parlé enfant, quand on évoquait le côté incroyable de la Solitaire du Figaro ! C’était un truc de malade. Une étape qui fait la légende de cette course. On était en plein dedans, dans un de ces récits un peu fous. C’était une belle étape dont on se souviendra longtemps mais qui fait qu’à certains moments, quand tu es seul sur ton bateau, tu te demandes un peu ce que tu fais là ! C’était violent, on s’est fait secouer comme des pruneaux. Je suis cuit à l’eau de mer depuis trois jours, bon à essorer et j’ai les yeux qui brûlent… C’est une des étapes où j’ai pris le plus de plaisir, au moins sur les deux premiers jours. Après c’était plus de la résistance! »
5ème au général provisoire
Après sa troisième place sur la première étape qui le plaçait 11 minutes et 22 secondes après le vainqueur et les 50 minutes et 55 secondes qui le séparent aujourd’hui du premier sur la ligne, Jean-Pierre Nicol s’installe sur la cinquième place du classement général provisoire, à 49 minutes et 49 secondes de Jérémie Beyou, nouveau patron de la flotte. Un résultat à mi-course qui a de quoi lui ouvrir de belles perspectives pour la suite : » Le bilan, c’est que je suis battu mais pas mort. Il y a encore beaucoup de choses à faire. On avait dit dès le départ que cette Solitaire du Figaro serait une course à élimination, mais en arrivant ici, je n’ai pas l’impression de faire partie de ceux qui sont éliminés. C’est toujours difficile de voir des gens faire le break comme c’est le cas de Jérémie Beyou, mais en même temps ça veut dire que c’est faisable. Je suis content de mon étape, il y a toujours meilleur mais quand c’est quelqu’un comme Jérémie, ça va ! «
C’est dimanche prochain à midi, que les 46 solitaires encore en course reprendront le large pour les Sables d’Olonne. Mais d’ici là, Jean-Pierre Nicol va surtout s’atteler à récupérer de cette étape qui ne sera pas sans laisser de traces et profiter des douillets B&B irlandais pour renouer avec le sommeil et le confort.
| Imprimer l'article | Cette entrée a été posté par Marie Le Berrigaud le 10 août 2011 à 14 h 46 min, et placée dans Actualités, Communiqués de presse, Solitaire du Figaro. Vous pouvez suivre les réponses à cette entrée via RSS 2.0. Les commentaires et les pings sont fermés pour l'instant |
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