JP Nicol

PORTRAIT

L’enfance salée d’un régatier

C’est en 1978, à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, que Jean-Pierre Nicol a vu le jour et humé ses premiers embruns. Il a cinq jours seulement et sort à peine de la maternité, quand ses parents lui font pour la première fois prendre la mer, et lui inoculent un virus qui se déclarera quelques années plus tard. Enfant, il est de tous les périples estivaux et ses vacances se conjuguent invariablement en mode salé. A l’adolescence, Jean-Pierre trace son premier sillage et prend la barre du voilier de ses grands-parents pour l’aventure des premières croisières. Le voyage et la découverte du large précèdent alors les premières sensations liées à la régate pure pour ce garçon qui trouve à cette époque autant de plaisir dans la pratique de sports collectifs – l’équitation, le tennis, le judo – que dans la voile. Le Baccalauréat et un DEUG de STAPS en poche, deux alternatives s’offrent à lui : emprunter la voie classique des longues études ou « l’école de la vie ». Nous sommes au début des années 2000 et c’est pour le jeune homme la grande époque de la Trinité-sur-Mer, celle qui lui permet de toucher à tous les supports et de faire ses premières armes : la Société Nautique de la Trinité-sur-Mer lui confie un First Class 8. Jean-Pierre passe alors un cap, devient skipper d’un bateau, chef d’équipe et prend goût à la gestion de projets. Il enchaîne déjà les victoires et les expériences – deux titres nationaux et une victoire au championnat d’Europe – et se fait un nom sur le Tour de France à la Voile par l’entremise de Jimmy Pahun qui lui accorde toute sa confiance et lui confie les rênes son projet à partir de 2002. Il gagne en maturité, convaincu de la nécessité de se professionnaliser pour passer un cap et progresser. C’est à cette période que nait chez le marin l’envie de passer à la discipline du solitaire et avec elle, celle de se donner un nouveau challenge. Le circuit Figaro Bénéteau sonne alors comme une évidence, « parce que c’est là que sont les meilleurs, que c’est un circuit idéal pour se faire connaître, apprendre et faire ses preuves ».

 

Une assiduité qui porte ses fruits

En 2007, la première saison s’organise avec peu de moyens et beaucoup de certitudes – de l’avis même du skipper – persuadé que sa polyvalence en équipage lui donnerait les clés du solitaire. Mais le garçon déchante et tire les leçons qui s’imposent. Il sait alors qu’il lui faudra trouver un partenaire ambitieux pour l’accompagner vers ses objectifs et que de ce soutien viendront les résultats. Si au début le doute s’installe et que la souffrance prend souvent le pas sur le plaisir, il ne perd pas de vue son horizon. L’ouverture vient alors de Franck Citeau, coach réputé du Centre Entraînement Méditerranée de la Grande Motte (Pôle France de Course au Large), qui propose au Breton de rallier le Sud et d’intégrer une jeune équipe de coureurs. La décision n’est pas facile à prendre mais Jean-Pierre quitte sa région, son environnement, sa famille, convaincu de la nécessité de se structurer. Prenant un risque, Il achète aussi son bateau, son propre outil de travail. Son obstination le pousse sur le chemin d’une belle progression. Sa rencontre avec Bernard Controls date de 2009, Jean-Pierre partage alors son enthousiasme avec plusieurs sponsors. Et c’est Bernard Controls qui lui apporte le soutien déterminant qu’il attendait pour la saison 2010. Sous les couleurs de Bernard Controls, les résultats ne tardent pas à se montrer grâce à un superbe podium à Kinsale (Irlande) en 2010, son premier sur la Solitaire du Figaro. Il remplit également son challenge personnel de l’année, à savoir entrer dans le top 15 des meilleurs régatiers de Course au Large en Solitaire.

Au fil des régates et des confrontations, Jean-Pierre affirme un caractère déterminé, à la fois ouvert et respectueux de son environnement. Il fait sienne cette devise – «  Aller simplement vers les choses simples, Se sentir fort et faible à la fois, Devenir l’être humain qui chaque jour grandit à l’intérieur de soi… « . Une jolie manière de résumer sa façon d’être à terre comme en mer et cette faculté à remettre sans cesse son métier sur l’ouvrage. Attaché à se construire au quotidien à force de labeur et de remises en question, le régatier brillant est devenu un homme responsable et tourné vers l’avenir. Rassuré et encouragé sur la voie du travail, il arrive sur cette saison 2011 avec le soutien d’un partenaire solide, et une envie manifeste de se dépasser.

 

 


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